jeudi 9 janvier 2014

Du R. P. Séraphin de Paris :
Extraits du sermon XXIX, pour la fête de l’Epiphanie, publié en 1694.


« Il faut sortir au moins de cœur et d'affection du monde pour en pouvoir jouir, comme les mages sortant de Jérusalem, voient leur étoile. (…) Il était impossible qu’ils n’eussent quelque inquiétude de tout ce qu’ils avait remarqué dans Jérusalem. (…)
Je voudrais bien, mes frères, que vous fussiez tous ca­pa­bles de cette consolation, après avoir été longtemps dans l'aveuglement de vos passions, après vous être trouvés enveloppés dans les ténèbres du mon­­de, Dieu vous fît la grâce de vous communiquer ses divines lumières. Qu'une âme est heureuse, qu'elle a de consolation, quand dégoûtée des faux plaisirs des sens, quand revenue de la mo­de et de la vanité du monde, maîtresse de son cœur et de son esprit, contente de Dieu seul, elle suit la lumière de la raison, conduite par la lumière de la grâce ! Mais pour cela il faut, com­me les mages, être hors de Jérusalem, et aller trouver Dieu dans Beth­léem, qui est une maison de pain, c'est-à-dire qu’il ne faut plus que le cœur ait de l'attache au monde ; mais il doit faire sa nour­riture et son plaisir de la parole Dieu, afin de le posséder sans le perdre jamais ; voilà le bonheur de nos mages. (…)

C’est un grand bonheur que de trouver son Sauveur ; mais cette félicité n'est que pour ceux qui l'ont cherché de la manière qu'il veut qu'on le cherche ; plusieurs ne le cherchent point, ils passent toute leur vie à chercher des richesses, d'autres à chercher des plai­sirs, d'autres à chercher des honneurs, ceux-ci à chercher une créa­ture, et ils ne pensent point à chercher Dieu, c'est pourquoi ils ne le trouveront jamais, et ils en seront privés pendant toute l'éter­­nité ; d'autres le cherchent, mais c'est avec tant d'inconstance et d'inégalité, que s'ils le cherchent un jour, ils sont un mois sans penser à lui, ou c'est avec tant de froideur et de lâcheté qu'ils ne veulent ni quitter le monde, ni renoncer à soi-même, ou c'est avec tant d'intérêt qu'ils ne cherchent Dieu que pour en recevoir des biens temporels ; tous ceux-là sont dans un grand danger de ne le point trouver ; il faut donc le chercher comme nos mages, ils quittent leur pays, ils marchent à grandes journées, ils s'exposent à toutes les fatigues d'un long voyage ; ils demeurent peu de temps dans Jérusalem, ils suivent l'étoile qui les conduit, et ils entrent dans la maison où il demeure. Voulez-vous trouver Dieu ? Que votre cœur sorte du monde, qu'il s'éloigne de la créature, qu'il se sépare de vous-même ; marchez vite, allez avec ferveur malgré toutes les répugnances de la chair et des sens, malgré les oppositions et les railleries du monde ; n'écoutez point cela, que rien ne vous arrête, suivez la lumière de la grâce, laissez-vous conduire aux saintes instructions qu'on vous donne, et vous le trouverez. »