lundi 10 mars 2014

Saint Joseph

Extraits du sermon de Saint François de Sales pour la Fête de Saint Joseph.

La troisième vertu ou propriété que je remarque en la palme, est la vaillance, la constance, la force, vertu qui s’est trouvée en un degré éminent en notre Saint. (…) La palme montre sa force et sa constance en ce que, plus elle est chargée, plus elle monte en haut; ce qui est tout au contraire non seulement aux autres arbres, mais en toute autre chose, car plus on est chargé et plus on
s’abaisse contre terre. Mais la palme montre sa force et sa constance en ne se soumettant pas à s’abaisser pour aucune charge que l’on mette sur elle; c’est son instinct de monter en haut, et partant elle le fait sans qu’on l’en puisse empêcher. Elle montre sa vaillance en ce que ses feuilles sont faites comme des épées, et semble en avoir autant qu’elle porte de feuilles.

C’est certes à juste raison que saint Joseph est dit ressembler à la palme, car il fut toujours constant, fort, vaillant et persévérant. Il y a beaucoup de différence entre la constance et la persévérance, entre la force et la vaillance. Nous appelons un homme constant, lequel se tient ferme et préparé à souffrir les assauts de ses ennemis, sans s’étonner ni perdre courage; mais la persévérance regarde principalement un certain ennui intérieur qui nous arrive en la longueur de nos peines, qui est un ennui aussi puissant que l’on en puisse rencontrer. Or, la persévérance fait que l’homme méprise cet ennui en telle sorte qu’il en demeure victorieux par une continuelle égalité et soumission à la volonté de Dieu. La force est ce qui fait que l’homme résiste puissamment aux attaques de ses ennemis; mais la vaillance est une vertu qui fait que l’on ne se tient pas seulement prêt pour combattre et résister quand l’occasion s’en présente, mais elle fait que l’on attaque l’ennemi à l’heure même qu’il y pense le moins, qu’il ne dit mot.

Notre glorieux Saint fut doué de toutes ces vertus et les exerça merveilleusement bien. Pour ce qui est de la constance, ne la montra-t-il pas avoir, lorsque, voyant Notre-Dame enceinte, il ne savait point comme cela se pouvait faire? Mon Dieu, quelle détresse, quelles tranchées, quelle confusion d’esprit n’avait-il pas! Et néanmoins, voyez sa constance: il ne se plaint point, il n’en est pas plus rude ni plus mal gracieux envers son Epouse, il ne la maltraite point pour cela, demeurant aussi doux et aussi respectueux en son endroit qu’il voulait être. Mais quelle vaillance et quelle force ne témoigne-t-il pas avoir en la victoire qu’il remporta sur les deux plus grands ennemis de l’homme, qui sont le diable et le monde, et cela par la pratique d’une parfaite humilité, comme nous avons remarqué, en tout le cours de sa vie! Le diable est tellement ennemi de l’humilité, parce que, faute de l’avoir, il fut déchassé du Ciel et précipité aux enfers (Is., XIV, 11-15) (comme si l’humilité était la cause de ce qu’il ne la voulut pas choisir pour compagne inséparable).

Quant à la persévérance, qui est contraire à cet ennemi intérieur qui est l’ennui qui nous survient en la continuation des choses abjectes, des mauvaises fortunes, s’il faut ainsi dire, ou bien en divers accidents qui nous arrivent, combien ce Saint fut éprouvé de Dieu et des hommes mêmes! Ce voyage d’Egypte nous l’enseigne assez : l’Ange lui commande de partir promptement, et de mener Notre-Dame et son Fils très saint en Egypte, Le voilà que soudain il part sans dire: Où irai-je? Quel chemin tiendrai-je ? De quoi nous nourrirons-nous? Qui nous y recevra? Il part d’aventure avec ses outils sur son dos, afin de gagner sa pauvre vie et celle de sa famille à la sueur de son visage. Oh! combien cet ennui dont nous parlons le devait presser! Vu mêmement que l’Ange ne lui avait point dit le temps qu’il y devait être; si qu’il ne pouvait s’établir ni demeurer assuré, ne sachant quand l’Ange lui dirait qu’il s’en revînt. Il pouvait bien penser que ce serait peut-être tandis qu’il serait en chemin, y ayant assez de temps pour faire mourir l’ennemi pour lequel il fuyait ainsi.