jeudi 3 avril 2014

la Nuit Sainte

Extraits du Sermon sur la Nuit Sainte
De Saint Augustin, évêque d’Hippone, docteur de l’Eglise


(…) Cette nuit, comme on le sait, se rattache au jour suivant que nous considérons comme le jour du Seigneur. Il devait évidemment ressusciter de nuit, puisque par sa résurrection il a illuminé nos ténèbres. Ce n'est pas pour rien que, si longtemps à l'avance, lui fut dédié ce chant : « Tu illumineras ma lampe, Seigneur. Mon Dieu, tu illumineras mes ténèbres. » (Ps 17, 29)
(…)
Pourquoi donc, en une fête annuelle, les chrétiens veillent-ils aujourd'hui ? Car c'est maintenant notre plus grande veillée et on ne pense à aucune autre célébration d'anniversaire, quand on s'interroge avec impatience en disant : « Quand sera la veillée ? - Dans tant de jours, ce sera la veillée. » Comme si, en comparaison de la veillée de ce soir, aucune autre ne devait compter. Pourtant l'apôtre a recommandé à l'Église l'assiduité aux veilles comme aux jeûnes et dit en parlant de lui : « ...souvent dans les jeûnes, souvent dans les veilles... » (2 Cor 11, 27). Mais
la veillée de cette nuit est si grande qu'elle pourrait revendiquer pour elle seule, comme nom propre, le nom commun à toutes les autres.
(…)
Ainsi parle l'apôtre : « La nuit a précédé, mais le jour s'est approché. Rejetons donc les œuvres des ténèbres et revêtons-nous des armes de lumière. » (Rom 13, 12) Par conséquent le jour de la Passion du Seigneur, où il fut crucifié, suivait sa propre nuit déjà écoulée, pour se clore et se terminer à la Parascève, que les juifs appellent le repas pur ; l'observation du sabbat commençant au début de cette nuit. Ensuite le jour du sabbat, commençant avec la nuit qui le précédait, finit au soir de la nuit suivante qui touche au début du jour du Seigneur, ainsi nommé parce que le Seigneur l'a consacré par la gloire de sa résurrection. Aussi cette nuit qui touche au début du jour du Seigneur, nous en célébrons le souvenir, en ce moment, en son anniversaire ; cette nuit où le Seigneur ressuscita, nous la passons à veiller et cette vie dont nous venons de parler, où il n'est plus ni sommeil ni mort, il l'a inaugurée pour nous en son corps, « ressuscité des morts pour ne plus mourir et à jamais soustrait au pouvoir de la mort. » (Rom 6, 9)
Venus au sépulcre, ceux qui l'aimaient le cherchèrent dès le point du jour, ils ne trouvèrent pas son corps, des anges leur annoncèrent qu'il était déjà ressuscité ; il est donc clair qu'il ressuscita au cours de la nuit dont l'extrémité fut ce point du jour. En conséquence, si nous avons chanté le Ressuscité en veillant un peu longuement, il nous donnera de régner avec lui en vivant sans fin. Et s'il se trouve qu'à l'heure où nous prolongeons notre veillée son corps était encore dans le sépulcre, n'était pas encore ressuscité, même en veillant ainsi, nous ne commettons pas une grande inconséquence, car il a dormi pour que nous veillions, lui qui est mort pour que nous vivions. Amen.