dimanche 3 août 2014

Saint Bernard de Claivaux

Tiré de Saint Bernard de Claivaux
Docteur de l'Eglise
(1090-1153)

« Les 12 Prérogatives de la Bienheureuse Vierge Marie »


        Quel éclat sidéral trouvons-nous donc dans la naissance de Marie ? Elle est de royale extraction, de la race d'Abraham et de la noble lignée de David. Si cela vous paraît insuffisant, ajoutez que, par un privilège accordé en vue de sa sainteté future, cette descendance fut, comme on le sait, l'effet de la volonté divine : bien avant de naître, elle avait été promise à Abraham et à David, préfigurée par des signes mystérieux, et annoncée par les Prophètes, C'est elle que symbolisaient, en effet, la verge d'Aaron qui fleurissait même coupée de sa racine, la toison de Gédéon imbibée de rosée sur une terre sèche, la porte d'Orient, dans la vision d'Ézéchiel, qui ne s'ouvrit jamais à personne. C'est elle encore qu'Isaïe annonçait plus clairement que tous les autres, quand il parlait de la tige qui
surgirait un jour de la racine de Jessé, ou de la Vierge qui enfanterait. Aussi l'Écriture dit-elle avec raison qu'un grand signe apparut au ciel, puisque nous savons que le ciel avait depuis si longtemps prédit sa venue. Le Seigneur dit : Il vous donnera lui-même un signe. Voici qu'une Vierge concevra. Ce signe fut grand, comme celui qui l'a donné. Cette première prérogative ne peut donc qu'éblouir tous les regards.
       
        Le mérite sans pareil de notre Vierge et la grâce unique dont elle fut l'objet apparaissent de même dans la salutation de l'archange : il lui témoigna tant de respect et de déférence qu'il semblait l'apercevoir déjà sur son trône royal, au-dessus de toutes les légions célestes, et il s'en fallut de peu qu'il n'adorât une femme, lui qui avait coutume d'être, sans étonnement, adoré des hommes.

        Et voici, brillant du même éclat, le mode inouï de sa conception : au lieu de concevoir dans le péché, comme les autres femmes, Marie seule conçut en toute sainteté, par la survenue du Saint-Esprit. Quant au fait que Marie ait mis au monde le Fils de Dieu, vrai Dieu lui-même, afin qu'il fût tout ensemble fils de Dieu et de l'homme et qu'il naquît de lui homme et Dieu à la fois, c'est un gouffre de lumière, et je ne crois pas que même les yeux des anges puissent le contempler sans en être aveuglés.
       
        Quant à la virginité de son corps et à la résolution qu'elle avait prise de la conserver, la nouveauté même d'un tel vœu en rehausse assez la splendeur : car c'est en dépassant les prescriptions de la loi mosaïque par l'esprit de liberté, qu'elle promit à Dieu de préserver ensemble la pureté de sa chair et de son âme. La preuve qu'elle s'en tint à ce vœu irrévocable, c'est qu'à l'ange qui lui promettait un fils, elle répondit fermement : Comment cela se fera-t-il, Puisque je ne connais pas d'homme ?
       
        C'est pourquoi, sans doute, elle fut d'abord troublée par les paroles de l'ange et se demanda ce que voulait dire cette salutation qui la proclamait bénie entre les femmes, alors que son désir était de rester toujours bénie entre les vierges. Et de ce fait, la salutation lui paraissait déjà sujette à caution. Mais dès que la promesse d'un fils lui parut mettre en péril sa virginité, elle ne put cacher plus longtemps ses soupçons.
       
        Comment cela se fera-t-il ? dit-elle, je ne connais pas d'homme. Elle a donc mérité la bénédiction qui revient à la mère, sans perdre celle que revendique à juste titre la vierge. La gloire s'accroît d'être vierge, par la maternité, et d'être mère, par la virginité : ce sont deux étoiles qui se renvoient mutuellement leurs rayons. C'est un grand honneur d'être vierge, mais infiniment plus grand d'être vierge et mère. Il est donc juste que, seule à concevoir sans péché, elle ait été seule ensuite à ne pas connaître ces sensations de dégoût qui accablent les autres femmes durant leur grossesse. Dans les premiers temps de la sienne, c'est-à-dire à l'époque où ces épreuves sont les plus pénibles, on la vit gravir d'un pas léger les montagnes pour aller offrir ses services à Élisabeth. Et on la vit pareillement, à la veille de ses couches, monter à Bethléem, portant le précieux dépôt qui lui était confié, fardeau léger et qui la portait plus qu'il n'était porté. Quelle lumière encore dans l'enfantement même qui ne fut pour elle qu'un surcroît de joie, au lieu de ces souffrances qui sont une malédiction pour les femmes en couches.

        Si nous mesurons à leur rareté le prix des choses, il n'est rien de plus rare que tout cela, en quoi elle n'a eu ni devancière ni émule. Méditons bien ces privilèges, qui doivent nous inspirer plus encore que de l'admiration : la vénération, la piété, la consolation.