lundi 2 février 2015

sermon de Tauler

Le Carême, un temps de guérison spirituelle

Extraits du sermon de Tauler pour le 1er Vendredi de Carême ( Jn 5, 1-15)

        [...] Cette eau ainsi remuée, c’est le sang béni de l’aimable Fils de Dieu, qui nous a tous lavés de son précieux sang et qui par amour, veut laver tous ceux qui viennent à Lui simplement.
        [...] Cette piscine avait donc cinq portiques sous lesquels gisaient un grand nombre de malades qui attendaient l’agitation de l’eau, et celui qui y descendait le premier était certainement guéri, quelle que fût sa maladie. Ces malades peuvent
figurer les hommes adonnés à l’orgueil, à la colère, à la haine, à l’avarice, à la luxure, et ceci nous donne aussi à entendre que tous les malades de ce genre, qui peuvent se laver dans le sang du Christ, seront complètement guéris, si toutefois ils veulent descendre dans cette eau.
        Les cinq portiques de cette piscine peuvent représenter, en un sens, les cinq plaies sacrées de NSJC, par lesquelles et dans lesquelles nous avons tous été sauvés. En un autre sens, ces cinq portiques symbolisent cinq pratiques de vertus, d’espèces diverses. Bien que toutes ces vertus soient nécessaires, cependant tel individu a telle partie de sa nature plus faible qu’une autre, et c’est pourquoi il lui faut plus d'application pour s’exercer spécialement dans telle pratique de vertu que dans une autre.
Parmi ces exercices de vertus, le premier portique est une humilité profonde et pleine de soumission, de telle sorte que l’homme ne tienne à rien, absolument à rien de ce qui le concerne lui-même, qu’il puisse se courber avec soumission sous la main de Dieu, qu’il s’abandonne à Dieu dans une humble crainte et dans un véritable mépris de lui-même en toutes choses, dans la joie et dans la peine, dans l’abondance et dans la privation.
        [...] Le troisième portique est un repentir sincère et profond de ses péchés.
Qu’est-ce que cela ? C’est se détourner en vérité et sans réserve de tout ce qui n’est pas purement Dieu ou dont Dieu n’est pas le véritable motif, et puis se tourner d’une façon complète et véritable vers Dieu avec tout ce qu’on est. C’est là seulement le noyau, la moelle du repentir. Il faut, de plus, une ferme confiance, s’abîmer dans le bien sans mélange et tout aimable qu’est Dieu, demeurer davantage près de Lui et en Lui, s’attacher à Lui avec amour et affection sans mélange, décidé pleinement et de bon cœur à faire la très aimable volonté de Dieu, autant qu’on peut. Mes enfants, voilà le repentir véritable, et celui qui a ce repentir obtiendra sans aucun doute le pardon de tous ses péchés, et plus son repentir est grand, plus pur, plus vrai et plus entier sera le pardon qu’il obtiendra.
Le quatrième portique est une pauvreté volontaire. Mes enfants, il faut distinguer une pauvreté extérieure, qui est l’effet du hasard, et une pauvreté intérieure, qui est l’essence de la vraie pauvreté. Tous ceux qui veulent être les amis de Dieu sont appelés à cette vraie pauvreté. Elle consiste en ce que Dieu doit, seul, posséder notre fond, et que nous devons être possédés par aucune autre chose et nous devons posséder toute chose comme Dieu veut que nous les possédions, c’est à dire dans la pauvreté spirituelle selon la parole de St Paul : «Comme ceux qui n’ont rien et possèdent toutes choses». Tout ce qui nous est cher, fortune ou amis, ou corps ou âme, plaisir ou profits, doit être aimé de telle façon que, dans le cas où Dieu aurait sur nous quelque autre dessein, nous abandonnions volontiers ces biens à sa sainte volonté, pour son amour et pour sa gloire.[...] Mes enfants, voilà la pauvreté véritable et essentielle [...].
        Le cinquième portique signifie que l’homme doit rapporter à Dieu, faire rentrer en Lui, d’une façon constante tout ce qu’il a reçu. O mes enfants, pour celui qui serait tout à fait bien arrivé sous ce portique, quelle délicieuse chose ce serait ! Mais ici beaucoup de grandes âmes restent en arrière, qui s’imaginent cependant être en bonne posture. Quand Dieu leur accorde de grandes grâces par lesquelles elles devraient renaître complètement, elles se précipitent dessus avec satisfaction ; elles ne s’enfuient pas immédiatement avec elles à la source, elles s’attachent un peu à ces dons et les tirent à elles, comme si c’était leur propriété [...]. L’homme devrait tendre à Dieu avec tant d’application, qu’il n’ait plus d’attention pour toutes ces choses. C’est comme quelqu’un qui de toutes ses forces, regarderait très attentivement un objet à travers une fente étroite. Tant qu’il considère avidement l’objet, l’intermédiaire ne l’empêche pas de voir ; mais dès qu’il dirige son attention sur cet intermédiaire, alors cet objet interposé, si petit soit-il, lui cache l’objet qu’il voulait regarder. De même, si petites que soient les grâces reçues, il suffit de se reposer en elles, de s’y arrêter avec satisfaction pour dresser un obstacle entre vous et Dieu. On aurait dû recevoir Dieu dans ces dons, lui rapporter ceux-ci et, avec eux se plonger de toutes ses forces dans la source d’où ils sont sortis.


        [...] Jésus était là, il parla au malade et lui dit : Vois, tu es guéri maintenant, garde toi mieux à l’avenir. Et dès lors, toute l’activité, la connaissance, la vie de cet homme furent une véritable prédication de Dieu. Ainsi en est-il de l’homme qui, dans un vrai sentiment du divin, dans une claire connaissance, a trouvé Dieu dans son temple intérieur, dans son fond et qui est vraiment bien sorti de sa propre infirmité. [...] Puisse cela nous arriver à tous ! Qu’à cela Dieu nous aide !