jeudi 5 mars 2015

Jésus victime

Jésus victime : Jusqu’où va son immolation ?
Extrait de «Le Sauveur et son Amour pour nous» du R.P R. Garrigou-Lagrange, O.P

        Notre-Seigneur a voulu éprouver toutes les souffrances du corps et de l’âme qui convenaient à sa mission de Rédempteur et de Victime. Il a voulu passer par toutes nos épreuves, aller jusqu’aux dernières limites du sacrifice pour expier nos fautes et nous mériter la vie éternelle, en nous laissant l’exemple des plus hautes vertus dans la plus grande adversité.

        Il a été Victime dans son corps : on lui a enlevé ses vêtements, on l’a tourné en dérision, souffleté, flagellé, mis à vif, couronné d’épines, on lui a craché à la figure. On l’a traité comme un scélérat, on lui a préféré un assassin, on l’a cloué sur une croix entre deux voleurs ; on
l’a abreuvé de fiel, et l’on ricanait devant lui pendant qu’il agonisait.

        Il a été Victime dans son coeur : on lui a arraché l’affection de son peuple, ce peuple qui huit jours plus tôt, lors de son entrée à Jérusalem, l’acclamait en chantant : «Hosanna au Fils de David !» Quelle dut être la souffrance de son coeur lorsqu’il laissa échapper cette plainte : «Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses petits sous ses ailes, et tu ne l’as pas voulu.» Le monde dans sa sagesse refuse les dons exceptionnels que le Seigneur lui envoie. Et en exprimant cette souffrance, Jésus prévoit toutes les ingratitudes futures, qui viendront parfois des âmes les plus comblées par Lui.

        Il a été Victime dans son âme même, car sa plus grande douleur fut celle qui provenait de la vue du péché, des crimes sans nombres qu’il fallait expier, du déicide qui allait se commettre par orgueil et aveuglement volontaire. Cette souffrance morale, spirituelle, atteignit intimement le Sauveur dans sa charité, dans son amour de Dieu et des âmes. Il souffrit du péché dans une mesure que nous ne pouvons comprendre : dans la mesure de son amour pour nos âmes que le péché fait mourir.

        Les stigmatisés, comme saint François et sainte Catherine de Sienne, qui ont participé à ces souffrances spirituelles, disent qu’elles restent inexprimables.
        Or le Sauveur souffrit des péchés de tous les hommes, non seulement parce qu’il en voyait la gravité sans limite, mais parce qu’Il les avait pris sur Lui pour les expier, et parce qu’Il voulut porter à notre place le poids de la malédiction divine due au péché.

        Jésus ne pouvait être victime plus complètement. L’immolation ne pouvait aller au delà.

        Comme le dit Isaïe, LIII, 3 :
Il a été méprisé et abandonné des hommes,
Homme de douleur et connaissant la souffrance,
Comme un objet devant lequel on se couvre le visage ;
Il était en butte au mépris, et nous n’avons fait de Lui aucun cas.

Véritablement c’étaient nos maladies qu’Il portait,
Et nos douleurs dont Il était chargé ;
Et nous, nous Le regardions comme un puni,
Frappé de Dieu et humilié.

Mais Lui, Il a été transpercé à cause de nos péchés,
Brisé à cause de nos iniquités ;
Le châtiment qui nous donne la paix a été sur Lui,
Et c’est par ses meurtrissures que nous avons été guéris.

Nous étions tous errants comme des brebis ;
Chacun de nous suivait sa propre voie,
Et Dieu a fait retomber sur Lui
L’iniquité de nous tous.

        Jésus, comme Victime, a senti à quel degré l’Amour de Dieu pour le bien déteste le mal : «Fortis est ut mors dilectio,dura sicut infernus aemulatio», dit le Cantique des cantiques VIII, 6 : «L’amour est fort comme la mort, son ardeur est inflexible comme l’enfer». Le coeur de Jésus, Victime pour les pécheurs, a supporté ces rigueurs de l’Amour de Dieu. Vraiment, comme le dit saint Paul, «Le Christ Jésus s’est anéanti Lui-même ... se faisant obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la Croix» (Phil. II, 7).