mercredi 6 mai 2015

Entretiens sur Marie

En ce mois de Mai, quelques textes, extraits des «Entretiens sur Marie» du Cardinal Journet.




Marie Corédemptrice

         La Vierge est au pied de la Croix, comme la supplication corédemptrice de l’Eglise. L’Eglise, au moment de
la présence de Jésus, est condensée tout entière dans la personne de la Vierge. L’intercession de la Vierge est universelle plus encore que celle de toute l’Eglise. La supplication rédemptrice du Christ porte la supplication corédemptrice de la Vierge, qui porte le salut du monde entier, en tenant compte de toutes les générations. Elle est immense, voyez-vous, la corédemption de la Vierge, mais il y a une distance encore plus grande - un abîme - entre la Rédemption du Christ et la corédemption de la Vierge et celle des Chrétiens. Il n’y a pas à craindre que nous fassions de la Vierge une déesse !

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         Saint Jean nous présente la Vierge, avec lui, au pied de la Croix, au moment où Jésus est en train de donner sa supplication rédemptrice pour le monde. Il y a longtemps qu’Il est «aux choses de son Père», mais maintenant, Il y est pleinement ! C’est le Moment Suprême où Il rachète le monde par le grand cri de la Croix : il semble qu’Il ne devrait plus s’occuper de la Vierge, de plus rien du tout, puisqu’Il est aux choses de son Père !
         C’est la réponse à une supplication de la Vierge. Elle voit son Fils qui donne Sa vie pour le salut du monde. Elle comprend, elle est digne mère de Dieu rédempteur, et tout ce qu’elle peut donner pour porter le monde, elle le donne. Elle sait bien que c’est la croix de Jésus qui la porte, mais elle sait aussi qu’Il lui demande de porter le monde avec Lui : Lui portant le monde à travers elle, et elle portant le monde pour en faire passer tout le poids sur son Fils. Elle achète par sa souffrance au pied de la Croix, par sa corédemption, ce que Lui achète par sa souffrance rédemptrice. La vie surnaturelle que nous avons, elle nous vient de la Vierge et du Christ, non pas juxtaposés, mais du Christ donnant à la Vierge de nous porter. La Vierge est notre Mère, à ce moment là, dans l’acte suprême de notre rédemption.
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Un Coeur marial pour porter la soif du salut du monde.
         Il est une chose qu’il nous faut supplier Dieu de nous obtenir, c’est ce que les auteurs spirituels appellent l’oraison du coeur. Il faut, Jésus l’a dit, il faut toujours prier (Lc 18, 1). Non pas toujours dire des paroles prononcées, non pas même toujours dire des paroles intérieures qu’on peut jeter comme des flèche dans le ciel de l’amour de Dieu : par exemple, en attendant un autobus ou à un guichet, au lieu de perdre du temps surnaturel ou de s’impatienter - ce qui est encore pire - je peux penser un Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto.

         Mais il existe une forme de prière plus radicale et plus intime. C’est ce qu’on appelle l’oraison du coeur, c’est-à-dire, cette inclination intérieure, cet instinct intérieur, indélibéré, qui surgira, par exemple, dès le matin, au moment du réveil : «Je dors, mais mon coeur veille» (Ct 5, 2). Pour comprendre, prenons des exemples dans la vie naturelle. C’est Bergson qui parle de l’instinct maternel ; vous avez une maman dont le petit enfant dort, peut-être à deux chambres plus loin que la sienne. Un simple gémissement du petit enfant réveille la mère. Mais, continue Bergson, une fanfare serait passée dans la rue qu’elle aurait continué de dormir. Pourquoi ? Parce qu’il y a en elle cet instinct du coeur. Et le petit enfant aussi pourra le sentir. Par exemple, il joue sur le tapis et sa mère est entrain de coudre ; à un moment donné, elle voit qu’il est très intéressé et elle s’en va. Tout de suite l’enfant sent qu’elle n’est plus là.

         Quand cet instinct du coeur nous est donné, profondément, continuellement, quelle liberté intérieure ! Tout ce que nous avons à faire, nous le faisons dans une sorte de paix transcendante qui permet de hiérarchiser les occupations et de voir celles auxquelles il faut d’abord aller. Il faut demander à la Vierge Marie qu’elle fasse descendre dans nos coeurs cet instinct profond de la prière, cette orientation qui, comme l’aiguille de la boussole, sait toujours trouver sa direction.

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Marie dans notre vie
         La Vierge Marie est là en face des difficultés qui, pour nous, sont, ou restent, profondément obscures. Nous ne savons pas comment agir, ni que dire, ni que faire, mais c’est elle qui prend tout dans son coeur : nunc et in hora mortis nostrae. Amen. Nous aurons prononcé ces paroles combien de fois ! Nous les aurons dites pour les autres et les autres les auront dites pour nous.