samedi 3 octobre 2015

Le rosaire

Extrait du Liber Sacramentorum - Notes Historiques et Liturgiques sur le Missel Romain
par S. Em. le Cardinal Schuster , O.S.B

Le 7 Octobre tombe l’anniversaire de la splendide victoire remportée en 1571 par les armées chrétiennes contre la flotte turque dans les eaux de Lépante. Ce triomphe de la Croix sur le croissant fut universellement attribué à la puissante intercession de la Mère de Dieu, alors invoquée ardemment, le Rosaire à la main, par saint Pie V et par toute la chrétienté. En souvenir d’un si grand bienfait, Grégoire XIII, deux ans plus tard, institua, le 1er dimanche d’octobre, une fête annuelle d’action de grâces, à célébrer dans toutes les églises où était érigé un autel sub invocatione beatae Virginis Rosarii. Cette solennité  locale gagna de plus en plus de terrain et de popularité, en sorte que Léon XIII, zélé promoteur du Rosaire, l’éleva au rite double de IIe classe pour l’Eglise universelle.

Dans ses
premières origines, la dévotion du Rosaire marial remonte au moins au XIIe siècle. Sur une rangée de perles, on récitait la prière Ave Maria, répétée en quinze dizaines séparées par le Pater. Cette forme de prière était appelée le Psautier des laïques. Les premiers biographes de saint Dominique ne disent point que l’invention du Rosaire lui soit due ; celui-ci était beaucoup plus ancien dans la tradition de la piété catholique. Il semble même que le premier qui en ait attribué le mérite à Saint Dominique soit Alain de la Roche, à la fin du XVe  siècle.

En tout cas, à l’Ordre dominicain revient la gloire d’avoir propagé cette prière avec un tel succès que le Rosaire devint rapidement la dévotion la plus populaire de la chrétienté.

Au XVe siècle, après qu’on eut ajouté l’invocation du Saint Non de Jésus à la fin de l’Ave, le Rosaire s’enrichit, grâce aux Chartreux de Trèves, du souvenir d’évènements relatifs à la vie de Jésus et de Marie. Dès lors, le Rosaire entier fut divisé comme en trois parties, constituant les mystères dits joyeux, douloureux et glorieux.

Tel qu’il est maintenant, le saint Rosaire, très riche d’indulgences, représente, après l’office divin, comme un bréviaire populaire de l’Evangile. En raison de la méditation des divers mystères de la Rédemption, il peut aisément s’adapter au cycle liturgique ; de plus à cause de l’heureuse fusion de la prière vocale et de l’oraison mentale, le Rosaire est considéré comme la prière la plus autorisée et la plus belle de l’Eglise latine.

La fête d’action de grâces de ce jour, en raison de ses relations avec une forme spéciale de dévotion mariale, - le saint Rosaire, rappelle un peu celle du samedi de l’Hymne acathiste, institué par les Grecs en mémoire des diverses délivrances de Constantinople des hordes barbares, par l’intercession de Marie. Dans l’un et l’autre cas, le patronage de la bienheureuse Vierge et la victoire sont mis en relation avec une forme de prière mariale.

En regardant de plus près l’Hymne acathiste, on y découvre d’autres points de ressemblance avec le rosaire, car dans la prière byzantine, divisée en quatre sections, on commémore les divers mystères de l’enfance du Christ, la salutation de Gabriel, la visite à Elisabeth, la prophétie de Siméon, précisément comme dans les mystères joyeux du saint Rosaire.


L’Hymne acathiste pour les Byzantins, le rosaire pour les Latins, sont deux formes magnifiques de dévotions mariales, assez semblables, mais absolument indépendantes l’une de l’autre. Elles ont jailli d’une foi identique et d’un même amour, celui de l’Eglise universelle envers Celle qui est la Mère de Dieu et des hommes, la corédemptrice du genre humain.