jeudi 5 novembre 2015

La Charité envers les Ames du Purgatoire


La Charité envers les Ames du Purgatoire
Et la communion des Saints
Extrait de «L’éternelle Vie de l’Ame» du Père Réginald Garrigou-Lagrange, O.P.


      Considérons d’abord le fondement de cette Charité :

Saint Thomas d’Aquin énonce le principe de cette doctrine relative aux suffrages pour les morts en disant : «Tous les fidèles en état de grâce sont unis par la charité et sont les membres d’un seul corps, celui de l’Eglise. Or dans un organisme, chaque membre est aidé par les autres, et donc chaque chrétien peut-être aidé par les mérites des autres. Sans doute est-il dit que seul Jésus-Christ constitué Tête de l’humanité a pu mériter en justice pour nous, mais chaque juste peut aider son prochain par le mérite de convenance, les oeuvres satisfactoires et la prière».
Et ce qui est dit du prochain, est vrai des âmes du Purgatoire, car elles appartiennent à l’Eglise souffrante.
C’est un devoir de charité d’aimer Dieu, auteur de la grâce par dessus tout, et d’aimer comme soi-même les enfants de Dieu et ceux appelés à le devenir, tous ceux qui sont appelés à la même béatitude éternelle que n
ous.. Or ces âmes souffrantes sont par la grâce sanctifiante, enfants de Dieu, et elles le sont pour toujours ; la Sainte Trinité habite en elles, Jésus vit en elles intimement. Nous devons donc les aimer comme notre prochain, d’autant que plusieurs sont de la même famille terrestre que nous, et nous avons des devoirs spéciaux de charité envers les âmes de nos parents défunts.
Cette charité doit s’exercer d’autant plus que ces âmes souffrantes ne peuvent plus rien faire pour elles-même : elles ne peuvent plus mériter, ni satisfaire, ni recevoir les sacrements, ni gagner des indulgences ; elles ne peuvent qu’accepter et offrir leur souffrance ou satispassion. Et alors il convient grandement de les aider. C’est ce que comprit particulièrement la fondatrice des Auxiliatrices du Purgatoire. Encore enfant, elle disait à ses amies : «Si l’une de nous était dans une prison de feu et qu’il nous fut possible de la faire sortir, en disant un mot, comme nous le ferions vite, n’est-ce pas ? ... Voilà pourtant ce qu’est le Purgatoire, les âmes sont dans une prison de feu, mais le Bon Dieu, qui les tient enfermées, ne demande qu’une prière pour leur ouvrir, et cette prière nous ne la disons pas». Cette enfant arriva peu à peu à cette intuition : «la délivrance des âmes du Purgatoire pour la plus grande gloire de Dieu» ; il faut Lui donner ces âmes qu’Il appelle à Lui. Quelques années plus tard le Curé d’Ars faisait dire à cette jeune fille : «Elle fera bien de fonder un Ordre pour les âmes du Purgatoire ; c’est Dieu qui lui a donné l’idée d’un si sublime dévouement ... Cet Ordre prendra dans l’Eglise une rapide extension».
Il faut en outre remarquer avec le Père Faber, qu’en travaillant pour ces âmes souffrantes, on travaille à coup sûr, car elles seront sûrement sauvées ; ce qu’on fait pour elles n’est jamais perdu.
Enfin la charité exercée à leur égard est excellente, car elle contribue à donner à Dieu des âmes qu’Il attire à Lui, et à obtenir à ces âmes le plus grand de tous les dons : Dieu vu face à face ; à leur obtenir plus vite l’éternelle béatitude. En même temps s’accroît la joie accidentelle de Notre-Seigneur, de sa Sainte Mère et des Saints.
Comment exercer cette charité ?

Par les suffrages pour les défunts, c’est-à-dire par nos mérites de convenance, par nos prières, nos satisfactions, nos aumônes, en gagnant des indulgences et surtout par le Sacrifice de la Messe offert pour le repos de ces âmes.
L’Eglise nous donne l’exemple, puisqu’à chaque messe elle nous fait prier pour elles au Memento des défunts, et en ouvrant largement pour elles le trésor des mérites du Christ et des Saints par les indulgences qui leur sont applicables.
«Les indulgences, dit Saint Thomas, profitent principalement à celui qui accomplit une bonne oeuvre à laquelle une indulgence est attachée ; mais elles profitent aussi secondairement à ceux pour lesquels on fait cette bonne oeuvre ; et rien n’empêche l’Eglise de les appliquer ainsi aux âmes du Purgatoire».
Le Saint Docteur se demande : Les suffrages offerts pour un défunt sont-ils plus profitables pour lui que pour les autres ? - Il répond : à raison de l’intention, ils sont plus profitables comme remise de la peine, pour le défunt pour lesquels ils sont offerts ; mais à raison de la charité, qui ne doit exclure personne, ils sont plus profitables à d’autres défunts qui ont une plus grande charité, et leur apportent surtout une plus grande consolation. Ils reçoivent plus parce qu’ils sont mieux disposés. On distingue pour cela le fruit spécial de la messe pour la personne pour laquelle la messe est spécialement appliquée, et le fruit général auquel participent tous les fidèles, et qui n’est certainement pas diminué même si le nombre de ceux qui y participent est très grand.
Saint Thomas se demande aussi : Les suffrages offerts pour plusieurs défunts ensemble, leur sont-ils aussi profitables que s’ils étaient offerts pour un seul d’entr’eux ? Par exemple si une messe est dite pour vingt ou trente défunts et même pour beaucoup plus ? Il répond : «A raison de la charité qui les inspire, ces suffrages sont aussi profitables pour beaucoup que s’ils étaient offerts pour un seul, car la charité n’est pas diminuée par cette division, et ainsi une seule messe réjouit aussi bien dix mille âmes du Purgatoire qu’une seule. Mais ces mêmes suffrages comme satisfaction (et remise de la peine) que nous avons l’intention d’appliquer aux défunts, sont plus profitables à celui pour qui ils sont singulièrement offerts».
Telle est du moins la pensée de saint Thomas, jeune quand il écrit le Commentaire du livre des Sentences.
Mais à la fin de sa vie, en composant la Somme Théologique, il dit au sujet du Sacrifice de la Messe : «Quoique l’oblation de ce Sacrifice, par sa propre valeur, suffise à satisfaire pour toute peine, cependant elle est satisfactoire pour ceux pour qui elle est offerte et pour ceux qui l’offrent selon la mesure de leur dévotion, et non pas sur toute la peine». Cette mesure de dévotion dépend pour les âmes du Purgatoire des dispositions qu’elles ont eues au moment de la mort.
Ici Saint Thomas ne donne d’autre limite à l’effet satisfactoire de la messe que la limite de la dévotion de ceux qui l’offrent et de ceux pour qui ils l’offrent. Et l’on admet généralement qu’une seule messe paroissiale offerte le dimanche pour tous les fidèles très nombreux d’une très grande paroisse est aussi profitable à chacun, selon leur dévotion, que si ces fidèles étaient très peu nombreux comme dans une petite paroisse.
De nombreux commentateurs de saint Thomas insistent sur la valeur infinie de la Messe, à raison de la victime offerte et du prêtre principal qui l’offre, et ils tiennent q’une seule messe offerte pour beaucoup de personnes peut-être aussi profitable pour chacune (selon la mesure de sa dévotion) que si elle est offerte pour elle seule, comme le soleil éclaire aussi bien sur une place dix mille personnes qu’une seule.
On peut dire proportionnellement la même chose pour les âmes du Purgatoire. L’effet d’une cause universelle n’est limité que par la capacité des sujets qui en reçoivent l’influence.
Ainsi une des trois messes du jour des morts dite pour tous les fidèles défunts ensemble, peut-être très profitable à des âmes du Purgatoire délaissées, pour lesquelles personne ne fait célébrer une messe spéciale, soit parce qu’on les oublie, soit parce que leurs parents sont trop pauvres.

En ce mois de Novembre, nous devons raviver en nos coeurs cette réelle compassion à l’égard des âmes du Purgatoire ; leur porter secours en priant pour elles, en acceptant pour elles les contrariétés quotidiennes, en assistant à la messe et en faisant le chemin de la Croix à leur intention. Ce que nous ferons ainsi pour elles ne sera jamais perdu. Et pour nous aussi se réalisera la parole du Sauveur : «Bienheureux les miséricordieux, car eux aussi obtiendront miséricorde» - Nous obtiendrons ainsi la grâce d’une sainte mort.
        
La fête des Morts est placée le lendemain de la Toussaint pour montrer l'union qui existe entre l'Eglise triomphante, l'Eglise militante et l'Eglise souffrante, qui ne forment qu'une seule et même Eglise.
Pour bien célébrer le jour des défunts, nous devons :
   Penser à la mort et nous convaincre de la nécessité de nous y préparer
   Concevoir de l'horreur pour le péché, même véniel, si rigoureusement puni dans l'autre vie
   Prier avec plus de ferveur que de coutume pour tous les fidèles trépassés, en demandant à Dieu de leur donner le repos éternel.
Indulgences
Une indulgence plénière, applicable seulement aux âmes du Purgatoire, est accordée au fidèle qui :
   Visite dévotement le cimetière et prie pour les défunts, ne serait-ce que mentalement, entre le 1er et le 8 novembre (l’indulgence peut être gagnée chaque jour)
   Le jour où est célébrée la Commémoration de tous les fidèles défunts visite pieusement une église ou un oratoire et y récite le Pater et le Credo
   Pour gagner l'indulgence plénière, en plus d'exclure toute affection au péché, même véniel, il est requis d'accomplir l'œuvre indulgenciée et de remplir les trois conditions : confession sacramentelle (8 jours avant ou après), communion eucharistique et prière aux intentions du Souverain Pontife.