mardi 1 mars 2016

coopération Rédemption

Notre coopération à l’oeuvre de la Rédemption
Extrait de «Ecoles de Silence» par un Chartreux[1]

Pourquoi Dieu s’est-il fait homme ?

         «Afin de souffrir et de mériter, pour réparer nos péchés et ceux de notre premier père, pour satisfaire la justice divine et nous ouvrir le ciel».
         Dans cette réponse du catéchisme
, deux choses nous étonnent : qu’un seul homme paie pour tous les hommes et que le péché de l’homme soit chose si grave que Dieu doive se déranger, en quelque sorte, pour le réparer.
         Nous comprendrons donc mieux ce mystère quand nous aurons étudié ces deux vérités :
1.    Que les hommes sont solidaires : ce que fait un homme en bien ou en mal, a de l’importance pour tous les autres.
2.    Que nous sommes en quelque façon les associés de Dieu et pouvons l’aider à réussir son oeuvre, ou au contraire, l’en empêcher, du moins provisoirement.

Solidarité entre les hommes.

         Saint Paul décrit ainsi les mystérieuses relations qui unissent les âmes : «La mort a été communiquée à tous les hommes par un seul homme, et la Résurrection de même. Nous devons tous mourir avec Adam, mais tous aussi nous recevrons la vie du Christ»[2].
         Les hommes sont solidaires dans tous les domaines : ce que fait l’un intéresse tous les autres. Ainsi dans le monde économique : le Président meurt-il ? La côte baisse à la Bourse.
         Ainsi dans l’ordre spirituel, les trésors de Foi et d’Amour. Si on les perd par le péché mortel, on ruine peut-être des milliers d’âmes.
Comme quelqu’un qui trouble une source, ainsi est celui qui perd la pureté de son coeur : peut-être quelqu’un devra mourir de soif parce qu’un coeur pur aura manqué dans le monde spirituel.
         Ainsi en est-il dans l’immense fraternité humaine et surtout parmi les frères du Christ.
         La solidarité est encore plus sensible lorsqu’il s’agit d’une portion de l’humanité exposée à quelque danger. Par exemple, dans une armée ou sur un vaisseau, il y a des postes de confiance. Une faute commise là a des retentissements énormes.

Nous sommes chacun à notre poste, les mandataires responsables et les associés de Dieu.

         Dans la société, il y a des gens à qui l’on confie de lourdes responsabilités, dont on attend des décisions importantes ; ce sont les supérieurs et les directeurs des institutions et des entreprises ; il y en a d’autres, les enfants, les maladroits, les incapables, que l’on considère volontiers avec mépris : ce n’est pas à de telles gens que l’on confierait un emploi sérieux.
         Mais souvent, il arrive que Dieu ne juge pas du tout comme nous. Car, à tous les hommes, même et peut-être surtout aux plus petits, il confie une charge d’une importance colossale, une responsabilité immense. En effet, nous pouvons choisir librement de faire le bien ou le mal et par conséquent, nous pouvons être ou bien les associés de Dieu et ses coopérateurs, ou bien nous opposer à son oeuvre, et, d’une certaine façon, la faire manquer.
         Quelle est cette oeuvre de Dieu dans laquelle nous pouvons et devons être associés avec Lui ?
         Dieu veut faire quelque chose qui Lui ressemble. Un architecte qui bâtit une maison veut que cette maison ressemble à l’idée qu’il a dans la tête et lui fasse honneur. Un père veut que son fils lui ressemble. Ainsi Dieu ne cherche rien d’autre dans la création que des images de Lui-même. Il veut que l’homme soit son fils, et Lui rende gloire en Lui ressemblant. Un homme qui a le coeur pur, plein de foi, et d’amour, est un autre Jésus : c’est un miroir où Dieu se mire et se complaît.
         Chacun de nous est donc en quelque sorte responsable des intérêts de la gloire de Dieu, chargé de la gloire de Dieu. Vous savez que, selon Saint Thomas d’Aquin, il y a des anges qui ont pour office de conduire les étoiles. S’ils venaient à faire une faute, s’ils avaient un moment de paresse... quelle catastrophe ! Eh bien, nous avons tous une responsabilité bien plus grande car notre péché entraîne des catastrophes spirituelles incalculables et peut provoquer la chute de toute une constellation d’âmes.
         Mais heureusement, Notre Seigneur, grâce à la loi de solidarité, expie et mérite pour tous les hommes. Et comme sa charité divine est infinie, il est une source de forces et de richesses spirituelles inépuisables.
         Ainsi, la connaissance de la solidarité qui relie et unit les hommes, jointe à la connaissance de notre liberté et de notre responsabilité, nous aide à comprendre le mystère de l’Incarnation, nous aide à nous faire quelque idée de la raison, raison d’amour, pour laquelle Dieu s’est fait homme.
         Grâce à l’Incarnation, notre situation est la suivante : nous pouvons obtenir réparation de nos péchés et être réconciliés avec Dieu, non pas en le méritant - nous n’y arriverons jamais - mais par les mérites de Jésus.
         Il suffit que nous ouvrions notre coeur aux flots du Très Précieux Sang et pour cela, il faut qu’il demeure vide autant que possible de passions égoïstes et de satisfaction d’amour propre.
         Grâce à la solidarité qui unit tous les hommes, nous bénéficions aussi de la force de Notre-Seigneur, qui prend pour Lui la plus grande partie des souffrances et des peines nécessaires pour réparer nos fautes.
         Mais ce n’est pas tout.
«Venez, buvez gratuitement le vin et le lait». Ainsi s’exprimait Notre-Seigneur par la bouche du prophète Isaïe[3].
         Le coeur de Jésus est comme une source de lait qui jaillit éternellement. Et si nous laissons notre coeur, agrandi et ouvert par l’humilité et la patience, s’emplir de confiance, de paix et d’amour, nous déborderons à notre tour sur tous les coeurs qui ont soif d’être consolés .
         Après une journée bien recueillie, où l’on a fait autant d’actes d’amour qu’on a pu, ou qui a été un seul acte d’amour à peu près continu, on peut dire comme s’exprime l’Eglise dans l’Introït de la Messe du Saint Curé d’Ars, dans le missel romain : «Dieu m’a envoyé annoncer aux pauvres la bonne nouvelle, guérir les coeurs brisés, proclamer la rédemption des captifs, et la libération des prisonniers»[4].
         Rappelons-nous bien que ce vin et ce lait spirituels, nous n’avons pas à les fabriquer - nous ne le pourrions pas - nous n’avons qu’à les transmettre aux autres après nous en être nourris et enivrés nous-mêmes.
         Soyons sûrs de la bonté de Jésus, et aimons-Le de tout notre coeur : voilà ce qu’Il nous demande. Quand nous vivrons de cette certitude et de cet amour, nous aurons la plénitude de la vie intérieure.

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Quelques avis et sentences :

         Ce qui importe surtout de donner, c’est ce à quoi nous tenons le plus. Souvent, c’est notre temps que la charité demande, mais plus souvent encore, toujours, elle nous demande de sacrifier notre amour propre.
         On ne possède que ce que l’on donne. Nous pouvons donc être aussi riches que vous, mon Dieu, puisque nous pouvons tout donner.
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         On se demande quelquefois ce que l’on doit faire pour aimer le Bon Dieu et devenir saint. C’est bien simple. Comment montre-t-on qu’on L’aime ? En faisant sa volonté. Faire toujours la volonté de Dieu, c’est l’aimer et être saint.
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         Quand on n’aime plus Dieu, on est sans force contre les passions et la sensualité. Prenons la résolution de vivre sous le regard de Dieu, dans sa lumière. Nous souffrons bien un peu avec Notre-Seigneur sur la terre, mais nous serons récompensés dans le ciel.
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         Au fond, il n’y a qu’une épreuve et une façon de bien l’accueillir, il n’y a qu’une consolation , gratuite et inépuisable, toujours présente en nous et au-dessus de nous. Tout l’art de vivre, c’est d’ouvrir les yeux en silence, car la lumière ne manque pas.
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         L’âme unie à Dieu est invulnérable ; le mal qu’on lui fait tourne à son bien.
***
         Efforçons-nous de vivre et de mourir dans une grande conformité à la Volonté divine, qui est une volonté de paix et de douceur, et à mesure que nous approchons de la douceur virginale de la Très Sainte Vierge Marie, nous prendrons conscience avec elle de la vie de Jésus en nous-mêmes, et de son règne éternel.





[1] Edition Parole et Silence.
[2] Rm 5, 17
[3] Is 55, 1
[4] Lc 4, 18