mardi 10 mai 2016

consécration du genre humain à Marie

La consécration du genre humain à Marie, pour la pacification du monde
Extrait de «La Mère du Sauveur et notre vie intérieure»
par le R.P. R.Garrigou Lagrange, O.P.[1]

         La force dont nous avons besoin, dans le bouleversement où se trouve le monde à l’heure actuelle, c’est la prière de Marie, Mère de tous les hommes, qui nous l’obtiendra du Sauveur. Son intercession est
très puissante contre l’esprit du mal qui dresse les uns contre les autres, les individus, les classes et les peuples.
         Si un pacte formel et pleinement consenti avec le démon peut avoir des conséquences formidables dans la vie d’une âme et la perdre pour toujours, quel effet spirituel ne produira pas une consécration à Marie faite avec un grand esprit de foi et souvent renouvelée avec une fidélité plus grande. On se rappelle qu’en décembre 1836, le curé de Notre-Dame des Victoires, à Paris, célébrant une messe à l’autel de la Très Sainte Vierge, le coeur brisé à la pensé de l’inutilité de son ministère, entendit ces paroles : «Consacre ta paroisse au très saint et immaculé Coeur de Marie», et, la consécration faite, la paroisse fut transformée.
         La supplication de Marie pour nous est celle d’une Mère très éclairée, très aimante, très forte, qui veille incessamment sur tous ses enfants, sur tous les hommes appelés à recevoir les fruits de la Rédemption. Celui-là en fait l’expérience qui consacre chaque jour à Marie tous ses travaux, ses oeuvres spirituelles et tout ce qu’il entreprend. Il retrouve foi et confiance, quand tout paraissait perdu.
         Or si la consécration individuelle d’une âme à Marie lui obtient journellement de grandes grâces de lumière, d’attrait, d’amour et de force, quels ne seraient pas les fruits d’une consécration du genre humain faite au Sauveur par Marie elle-même, à la demande du Père commun des fidèles, du Pasteur suprême ? Quel ne serait pas l’effet de cette consécration ainsi faite, surtout si les croyants des différents peuples s’unissaient, pour en vivre, dans une fervente prière souvent renouvelée au moment de la messe ?
         Comme le disait une sainte religieuse : «Nous ne vivons pas pour nous, il faut tout voir dans les desseins de Dieu ; nos douleurs actuelles achètent et préparent les triomphes futurs et assurés de l’Eglise. L’Eglise va ainsi de lutte en lutte, et de victoire en victoire, l’une succédant à l’autre jusqu’à l’Eternité qui sera le triomphe définitif» - « Il a fallu que Jésus souffrît et qu’Il entrât ainsi dans sa gloire[2]» ; il faut que l’Eglise et les âmes passent par le même chemin. L’Eglise ne vit pas seulement un jour ; quand les martyrs succombaient, n’eût-on pas pu croire que tout était perdu ? Non, leur sang préparait les triomphes de l’avenir».
         Dans la période que nous traversons, l’Eglise a besoin d’âmes très généreuses, vraiment saintes. C’est Marie, Mère de la divine grâce, Mère très pure, Vierge très prudente et forte, qui doit les former.
         De divers côtés, le Seigneur suggère à des âmes intérieures, une prière dont la forme varie, mais dont la substance est la même : «En ce temps où un esprit d’orgueil poussé jusqu’à l’athéisme cherche à se répandre dans tous les peuples, Seigneur, soyez comme l’âme de mon âme, la vie de ma vie, donnez-moi une intelligence plus profonde du mystère de la Rédemption et de vos saints abaissements, remède de tout orgueil. Donnez-moi le désir sincère de participer, dans la mesure voulue pour moi par la providence, à ces abaissements salutaires, et faites-moi trouver dans ce désir la force, la paix et, et quand vous le voudrez, la joie pour relever mon courage et la confiance autour de moi».
         Pour entrer ainsi pratiquement dans les profondeurs du mystère de la Rédemption, il faut que Marie, qui y est entrée plus qu’aucune autre créature, au pied de la Croix, nous instruise sans bruit de paroles, et nous découvre dans la lettre de l’Evangile l’esprit dont elle-même a si profondément vécu.
         Daigne la Mère du Sauveur, par sa prière, mettre les âmes croyantes des différents peuples sous le rayonnement de cette parole du Christ : «La lumière que vous m’avez donnée, ô Père, je la leur ai donnée, pour qu’ils soient un comme nous-mêmes nous sommes un[3]».
         On peut espérer qu’un jour, lorsque l’heure providentielle sera venue, lorsque les âmes seront prêtes, le Pasteur suprême, ayant égard aux voeux des évêques et des fidèles, voudra consacrer le genre humain au Coeur immaculé et miséricordieux de Marie pour qu’Elle-même nous présente plus instamment à son Fils et nous obtienne la pacification du monde. Ce serait une affirmation nouvelle de médiation universelle de la Très Sainte Vierge.
         Adressons-nous à Elle avec la plus grande confiance ; Elle a été appelée «l’espérance des désespérés», et en allant à Elle comme la meilleure des Mères et la plus éclairée, nous irons à Jésus comme à notre unique et miséricordieux Sauveur.


         Par la lettre encyclique « Ad caeli Reginam » du 11 octobre 1954, Sa Sainteté le Pape Pie XII institua la fête de la Bienheureuse Vierge Marie Reine, fixée à la date du 31 mai, en conclusion du mois de Marie. Il ordonna que ce jour-là fut renouvelé, dans toutes les églises et chapelles de la catholicité, l’acte de consécration du genre humain au Coeur immaculé de Marie qu’il avait lui-même composé en 1942.
         Voici donc le texte de cette prière que, en paroisse ou en famille, en groupe ou seuls, nous aurons à coeur de réciter avec une ferveur renouvelée car les « heures tragiques de l’histoire humaine » ne sont pas seulement limitées à la seconde guerre mondiale, mais elles se perpétuent en nos temps d’apostasie et de recrudescence des persécutions ou vexations contre le christianisme et contre la Loi divine.

         Reine du Très Saint Rosaire, Secours des Chrétiens, Refuge du genre humain, Victorieuse de toutes les batailles de Dieu, nous voici prosternés, suppliants au pied de votre trône, dans la certitude d’obtenir miséricorde et de recevoir les grâces, l’aide et la protection opportunes dans les calamités présentes, non en vertu de nos mérites, dont nous ne saurions nous prévaloir, mais uniquement par l’effet de l’immense bonté de votre Cœur maternel.
         C’est à vous, c’est à votre Cœur immaculé qu’en cette heure tragique de l’histoire humaine nous nous confions et nous nous consacrons, non seulement en union avec la Sainte Église - Corps mystique de votre Fils Jésus - qui souffre et verse son sang en tant de lieux, qui est en proie aux tribulations de tant de manières, mais en union aussi avec le monde entier, déchiré par de farouches discordes, embrasé d’un incendie de haine et victime de ses propres iniquités.
         Laissez-vous toucher par tant de ruines matérielles et morales ; par tant de douleurs, tant d’angoisses de pères et de mères, d’époux, de frères, d’enfants innocents ; par tant de vies fauchées dans la fleur de l’âge ; par tant de corps déchiquetés dans l’horrible carnage ; par tant d’âmes torturées et agonisantes, par tant d’autres en péril de se perdre éternellement.
         Ô Mère de miséricorde, obtenez-nous de Dieu la paix et surtout les grâces qui peuvent en un instant convertir le cœur des hommes, ces grâces qui préparent, concilient, assurent la paix ! Reine de la paix, priez pour nous et donnez au monde en guerre la paix après laquelle les peuples soupirent, la paix dans la vérité, dans la justice, dans la charité du Christ. Donnez-lui la paix des armes et la paix des âmes, afin que dans la tranquillité de l’ordre s’étende le règne de Dieu.
         Accordez votre protection aux infidèles et à tous ceux qui gisent encore dans les ombres de la mort ; donnez-leur la paix et faites que se lève pour eux le soleil de la Vérité et qu’ils puissent avec nous, devant l’unique Sauveur du monde, répéter : « Gloire à Dieu au plus haut des Cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté [4]».
         Aux peuples séparés par l’erreur ou par la discorde, et particulièrement à ceux qui professent pour vous une singulière dévotion et chez lesquels il n’y a pas de maison qui n’honorât votre vénérable icône (peut-être aujourd’hui cachée et réservée pour des jours meilleurs), donnez la paix et reconduisez-les à l’unique bercail du Christ, sous l’unique et vrai Pasteur.
         Obtenez à la Sainte Église de Dieu une paix et une liberté complètes ; arrêtez les débordements du déluge néo-païen ; développez dans le cœur des fidèles l’amour de la pureté, la pratique de la vie chrétienne et le zèle apostolique, afin que le peuple des serviteurs de Dieu augmente en mérites et en nombre.
         Enfin, de même qu’au Cœur de votre Fils Jésus furent consacrés l’Église et le genre humain tout entier, afin que, toutes leurs espérances étant placées en Lui, Il devînt pour eux signe et gage de victoire et de salut, ainsi et pour toujours nous nous consacrons à vous, à votre Cœur immaculé, ô notre Mère et Reine du monde ; pour que votre amour et votre protection hâtent le triomphe du règne de Dieu et que toutes les nations, en paix entre elles et avec Dieu, vous proclament bienheureuse et entonnent avec vous, d’une extrémité du monde à l’autre, l’éternel magnificat de gloire, d’amour, de reconnaissance au Cœur de Jésus en qui Seul elles peuvent trouver la vérité, la vie et la paix.




[1] Edition du Cerf 1948.
[2] Lc XXIV, 26
[3] Jn XVII, 22
[4] Lc II, 14