samedi 4 juin 2016

Le Coeur du Christ

Le Coeur du Christ
Lettre de Saint Jean-Eudes aux prêtres de sa congrégation
Paris le 29 juillet 1672 [1]


         Pourquoi vénérer et adorer particulièrement le Coeur du Christ ? Contre les objections et les critiques, saint Jean-Eudes renvoie à la source. Il nous a aimés et, de son coeur, l’Ecriture l’atteste, ont
jailli des fleuves d’eau vive.

         Quelle solennité plus digne, plus sainte, plus excellente que celle-ci qui est le principe de tout ce qu’il y a de grand, de saint et de vénérable dans toutes les autres solennités ? Quel Coeur plus adorable, plus aimable et plus admirable que le Coeur de cet Homme-Dieu qui s’appelle Jésus ? Quel honneur mérite ce Coeur divin qui a toujours rendu et rendra éternellement à Dieu plus de gloire et d’amour, en chaque moment, que tous les coeurs des hommes et des anges ne lui en pourront rendre en toute l’éternité ? Quel zèle devons-nous avoir pour honorer ce Coeur auguste qui est la source de notre salut, qui est l’origine de toutes les félicités et de toutes les grâces de la terre, qui est une fournaise immense d’amour vers nous, et qui ne pense, nuit et jour, qu’à nous faire une infinité de biens, et qui enfin est mort de douleur pour nous, en la Croix, ainsi que le Fils de Dieu et sa très sainte Mère  l’ont déclaré à Sainte Brigitte[2]. Si on objecte la nouveauté de cette dévotion, je répondrai que la nouveauté dans les choses de la foi est très pernicieuse, mais qu’elle est très bonne dans les choses de la piété. Autrement, il faudrait réprouver toutes les fêtes qui se font dans l’Eglise, qui ont été nouvelles quand on a commencé à les célébrer, spécialement celles qui ont été établies les dernières, comme la fête du Très Saint-Sacrement, du Saint Nom de Jésus, de la Conception Immaculée de la sainte Vierge, du Saint Nom de Marie, de ses Grandeurs, de Notre-Dame de Pitié, de l’Expectation, de Notre-Dame de la Victoire au diocèse de Paris, et plusieurs autres, et un grand nombre de nouvelles fêtes de saints qu’on a ajoutées au bréviaire romain. Si on dit que cela s’est fait par l’autorité de Notre Saint-Père le Pape, je répondrai avec saint François de Sales et avec un très grand nombre de très illustres et savants prélats et de grands docteurs, que chaque évêque en son diocèse, spécialement en France, a le même pouvoir en ce sujet que le souverain pontife en toute l’Eglise.

         Reconnaissons donc, mes très chers frères, la grâce infinie et la faveur incompréhensible dont notre très bon Sauveur honore notre congrégation de lui donner son très adorable Coeur avec le Coeur très aimable de sa très sainte Mère. Ce sont deux trésors inestimables qui comprennent une immensité de biens célestes et de richesse éternelles dont il la rend dépositaire, pour ensuite les répandre par elle dans les coeurs des fidèles.

         Humilions-nous infiniment en la vue de notre indignité infinie au regard de choses si grandes. Entrons dans une profonde reconnaissance vers la bonté ineffable de notre très bon Sauveur et la charité incomparable de sa très chère Mère et la nôtre. Ne cessons point de les bénir, louer et glorifier, et d’inviter tous les saints et toutes les créatures à les bénir et remercier avec nous. Embrassons avec joie et jubilation la solennité du divin Coeur de notre très aimable Jésus.


Le Coeur de Marie[3]

         Le coeur de Marie est la vraie harpe du véritable David, c’est-à-dire de Notre Seigneur Jésus-Christ. Car c’est lui-même qui l’a faite de sa propre main ; c’est Lui seul qui la possède. Jamais elle n’a été touchée d’autres doigts que les siens, parce que ce coeur virginal n’a jamais eu aucun sentiment, ni affections, ni mouvements, que ceux qui lui ont été donnés par le Saint-Esprit.

         Les cordes de cette harpe, ce sont toutes les vertus du Coeur de Marie, spécialement sa foi. Douze cordes sur lesquelles le divin Esprit a fait résonner aux oreilles du Père éternel une si merveilleuse harmonie, qu’en étant tout charmé, il a oublié toutes les colères qu’il avait contre les pécheurs.

A Jésus par Marie[4]

         Et puisque nous devons continuer les vertus et porter en nous les sentiments de Jésus, nous devons aussi continuer et porter en nous les sentiments d’amour, de piété et de dévotion que ce même Jésus a eus au regard de sa bienheureuse Mère. Or il l’a aimée très parfaitement et l’a honorée très hautement, la choisissant pour sa Mère, se donnant à elle en qualité de Fils, prenant d’elle un être et une vie nouvelle, voulant avoir relation vers elle, s’assujettissant à elle, et prenant conduite d’elle en l’extérieur durant son enfance et sa vie cachée, l’établissant Souveraine du ciel et de la terre, et la glorifiant et faisant glorifier par tout le monde.

         Pour continuer en la terre cette piété et dévotion de Jésus au regard de sa très sainte Mère, nous devons avoir une dévotion toute spéciale vers elle et l’honorer très particulièrement. Il nous faut regarder et adorer son Fils en elle, et n’y regarder et adorer que Lui. Car c’est ainsi qu’elle veut être honorée, parce que d’elle-même et par elle-même, elle n’est rien, mais son Fils Jésus est tout en elle : Il est son être, sa vie, sa sainteté, sa gloire, sa puissance et sa grandeur. Il faut Le remercier pour la gloire qu’Il s’est rendre à soi-même en elle et par elle ; nous offrir à Lui et Le prier qu’Il nous donne à elle.





[1] Textes choisis par Hervé Benoît - édition Tempora 2008.
[2] Allusion aux Révélations de Sainte Brigitte, éd. de Rome 1628, t2, p443.
[3] Le Coeur admirable de la très sainte Mère de Dieu - 1681, O.C, t6, 253s.
[4] O.C, t1, p338.