mercredi 14 septembre 2016

Avec Marie
Extrait de la Revue Itinéraire

         


            Nous voici au temps où l’Église célèbre la Nativité de la Vierge Marie. Car la Sainte Vierge ne cesse de nous visiter : parfois en de grandes et solennelles apparitions réservées presque toujours à des enfants très jeunes et que l’Église confirme, communément par le résultat de sa constante intercession auprès de la Très Sainte Trinité et l’exemple de sa vie.


                Comme le dit si bien S. Louis Grignion de Montfort, la Sainte Vierge est moins que rien comparée à l’Éternelle Puissance de la Majesté Divine, et nous sommes très sûrs de plaire à la Sainte Vierge en le rappelant car Marie était sans tache, il n’y avait en elle aucune ombre de nos misères intellectuelles et morales, elle était, elle restait dans la vérité, elle vivait, elle respirait, déjà toute petite, pour la gloire de la Vérité divine, son

cœur était un brasier d’amour pour la Sainte Trinité avant qu’elle eût révélation des mystères auxquels Dieu voulait la mêler, et nous avons la preuve de son humilité dans son Magnificat lui-même. Nous tenons cette humilité pour un mérite ; sans doute, mais c’est aussi avant tout un témoignage à la Vérité, et la Sainte Vierge qui pleure à la Salette sur nos refus de la Grâce peut bien soupirer sur certains éloges qu’on fait d’elle. Ils ne sont pas excessifs car jamais nos cœurs salis et nos esprits imbéciles ne pourront louer suffisamment Marie ; mais essayer de la louer justement c’est pénétrer plus avant dans l’amour de la grâce que Dieu fit à notre Mère.


              Car Dieu le Père n’est pas le père de Jésus comme homme et Marie n’est pas sa mère comme Dieu ; mais c’est pénétrer dans la «gloire de la grâce» que d’admirer ce que Dieu peut faire d’une femme et ce qu’une femme a pu faire pour Dieu. Aussi toutes les expressions sont des analogies et non des rapports exacts au sens de nos savants. L’analogie n’est pas une simple manière de dire ou de parler par image, c’est la forme même de l’action divine dans la Création. Dieu a créé l’homme à son image, cette image n’est pas semblable, elle est analogue. La Sainte Trinité a pour image en nous, mémoire, intelligence, volonté : puissances de notre âme bien distinctes et se combattant parfois malgré l’unité de notre moi ; ce ne sont pas des personnes. Il y a analogie et non similitude. Il en est ainsi dans toute la création. Les sociétés si parfaites, nous semble-t-il, des insectes ne sont qu’analogues aux sociétés humaines et la perfection d’une société humaine n’est qu’analogue à celle d’une société animale.


                 La vie est faite pour lutter contre l’entropie du monde physique, et les moyens de sa propagation en chaque genre sont analogues et non semblables. L’homme n’est qu’analogue à la femme. Les savants cherchent la similitude et se trouvent sans la voir en présence de l’analogie. L’analogie est le caractère de tout ce qui passe de l’éternité dans le temps. Il y aura toujours un mystère entre ce qui aura été pensé hors du temps par Dieu mais accompli dans le temps. Le temps est une manière d’être de ce qui est créé ; il est indéfinissable ; seul l’instant présent existe réellement. La suite du temps n’existe que pour l’âme par la mémoire : il est aussi mystérieux que l’éternité, et Dieu l’a créé comme une fabrique d’éternité.


               Marie conçue avant les abîmes et les fontaines, Marie conçue avant le temps y est entrée vers la fin des temps. Le Saint-Esprit a «couvert Marie de son ombre». Mais comme les trois personnes, en dehors de la Sainte Trinité elle-même, agissent toujours ensemble, Marie s’est trouvée lors de l’Incarnation comme englobée dans l’amour des trois personnes l’une pour l’autre ; alors le Verbe Éternel s’est incarné au sein de la fille du Père. Rappeler que Marie est une infime créature ne diminue donc ni sa grandeur ni sa place dans la pensée divine ; au contraire ; car cette demeure de Marie dans l’amour des Trois personnes subsiste ; le temps qui s’est écoulé depuis l’Incarnation jusqu’à l’Assomption a servi à amplifier en Marie la participation à l’œuvre de Dieu et à l’amour divin. Aujourd’hui dans la béatitude, hors du temps, c’est comme créature qu’elle rentre dans le temps pour nous visiter soit dans ses grandes manifestations soit simplement dans nos âmes.


          Car Marie est Mère. Il est très remarquable de voir que saint Jean fait suivre immédiatement les paroles «Mère voici ton fils, Fils voici ta mère» de celles-ci : «Après cela, sachant que désormais tout était consommé, afin que fût consommée l’Écriture, Il dit : J’ai soif». Saint Jean considère que Jésus a consommé sa tâche lorsqu’il lui a donné Marie pour mère ; et par là même aux apôtres et à nous. L’évangéliste prend bien soin de dire que Marie, Mère de Jésus, était avec les apôtres assidue à la prière. Entre l’Ascension et la Pentecôte, elle était la seule véritablement instruite des enseignements de Jésus qui put les soutenir dans leur attente encore aveugle. C’est donc en mourant que Jésus donne Marie pour mère au disciple comme un testament et une délégation du Verbe Éternel.


              La maternité consiste à propager en autrui sa vie propre ; l’état de Marie, englobée dans l’amour des Trois Personnes, la fait l’introductrice de cet état dans nos âmes, et le Saint-Esprit se complaît dans les âmes où il trouve l’amour de la Très Sainte Vierge parce qu’il s’est complu en Marie.


             On n’explique pas les Mystères ; à les contempler ils n’en sont que plus mystérieux. C’est ainsi que l’Évangile lui-même nous donne les tâches comme partagées entre les Trois Personnes puisque le Verbe incarné, qui pouvait tout, s’efface en quelque sorte devant le Saint-Esprit pour convertir les élus. Et cependant nous savons que la Très Sainte Trinité dans sa création agit toujours unanimement, car nous chantons : Bénie soit la Sainte Trinité et son indivisible unité. C’est le cas de dire avec saint Paul : « Ô profondeur des richesses de la sagesse et de la science de Dieu ! Ses jugements sont insondables, et ses voies impénétrables ! ». Un mystère d’amour qui a son origine et sa fin en dehors du temps ne saurait avoir une explication temporelle alors que le temps lui-même est un mystère : Marie est comme toutes les mères l’éducatrice de ses enfants, elle est l’éducatrice de nos âmes où elle entretient par son exemple les vertus théologales, l’humilité et l’amour. Elle nous fait aspirer à sortir du temps pour entrer dans le Royaume où elle est Reine, en dehors du temps. Dans tout l’univers on lui répète : «Maintenant et à l’heure de notre mort», à l’heure où nous quittons le temps pour nous revêtir d’éternité. L’intelligence et l’amour de ces biens est entièrement en dehors de nos moyens naturels mais il est dit : «Demandez et vous recevrez. Frappez et l’on vous ouvrira». La portière, par grâce, c’est Marie. Et souvenons-nous que dès ce monde, pour nous préparer à l’autre, Jésus a dit : «La vie éternelle c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ».


           Comment mieux connaître Jésus que par sa Mère ? L’âme maternelle de Marie s’évanouit d’amour dans la lumière divine et Dieu accomplit tous les désirs de cette âme pour notre conversion. Instrument privilégié de la grâce divine, Marie continue de remplir sa tâche providentielle et d’attirer par son amour le Saint-Esprit en ses enfants. Saint Paul s’écrie parlant aux Galates : «mes petits enfants ! pour qui je suis en travail jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous ! ». Marie par son intercession au sein de la Très Sainte Trinité forme en nous le Christ par le Saint-Esprit. Elle l’a fait jadis pour les apôtres. D’après la tradition elle a vécu vingt-cinq ans environ avec saint Jean jusqu’à sa glorieuse Assomption. Le quatrième évangile composé après cette longue intimité avec la Reine des Cieux a reçu son caractère théologique de la présence auprès de Jean, du Siège de la Sagesse, de l’Arche d’Alliance et de l’Étoile du Matin.