mardi 1 novembre 2016

Fêtes de tous les Saints

Par Don Minimus - Extrait de la revue Itinéraire

         Le mois de Novembre nous rappelle la pensée de tous les saints, de ceux qui sont au Ciel et de ceux aussi qui sont au Purgatoire pour quelque dette arriérée. Il n’y a pas de milieu ; c’est une nécessité de devenir des saints, sans cela point de Ciel. Mais il faut absolument être sans tache : « Seigneur, qui habitera dans ton temple, qui reposera sur ta sainte montagne ? Celui qui
marche sans tache et opère la justice»[1]. Aussi beaucoup de nos défunts ont besoin de nos prières, et nous ne savons lesquels ; tel qui nous paraît saint en aurait davantage besoin que telle pauvrette. Le mieux est de confier à la Très Sainte Vierge le soin de choisir à qui doivent profiter nos prières. Elle est préordonnée à être l’intermédiaire entre la nature humaine et la source des miséricordes. Nul doute que notre confiance en elle profite par nos prières aux défunts que nous aimons, car c’est une grande chose de se maintenir dans l’ordre de la foi, dans l’ordonnance des hiérarchies célestes, dans le mouvement de la grâce et l’éternité des vues divines. Or, un décret divin a fait passer par la médiation de Marie le salut de tous les hommes.
         Mais c’est moins ce sujet que celui de la mort elle-même qui nous attire aujourd’hui. Sujet peu recherché d’habitude, bien qu’il soit le lieu privilégié de la vertu d’Espérance. La faute d’Adam nous a réduits à la condition de tous les animaux, qui est de mourir. Mais le Verbe Éternel a pris notre nature ; Il s’est fait homme, et si vraiment homme qu’Il est mort comme tous les hommes depuis Adam. Mais il a vaincu la mort : « Il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures ; il est apparu à Céphas, puis aux Douze. Ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois ... Et en dernier de tous comme à l’avorton, Il est apparu aussi à moi»[2]. C’est pour une nouvelle création que Jésus est venu sur la terre ; Il nous incorpore à Lui pour nous faire triompher de la mort. Et saint Paul s’écrie : « Ô mort où est ta victoire, ô mort où est ton aiguillon ? »[3].
         Mais il est certain que la mort naturelle partagée avec les bêtes est si effrayante pour la plupart des hommes qu’ils préfèrent n’y pas penser ; il est certain que la mort est un état violent pour la nature, un état violent pour l’âme elle-même qui est créée pour ce corps qu’elle est chargée d’informer et dont elle est séparée pour un temps. Nous allions dire brusquement séparée. Mais non ; elle n’est brusquement séparée que pour ceux qui refusent d’y penser, qui s’étourdissent et se distraient pour n’y point songer. « Le roi est environné, dit Pascal, de gens qui ne pensent qu’à divertir le roi et à l’empêcher de penser à lui ; car il est malheureux, tout roi qu’il est, s’il y pense »[4].
         L’Église n’ignore pas cette défaillance naturelle à l’homme devant sa destinée terrestre, et c’est pourquoi Elle n’hésite pas à montrer avec tant de force l’angoisse de la nature devant la mort. Car Elle a le remède : l’office des morts se termine par la Sainte Messe qui est par excellence l’action efficace pour les âmes auxquelles on l’applique. Elle efface selon le vouloir divin les dernières conséquences des péchés pardonnés. Cette messe est pleine de chants d’espérance.
         Le problème que pose le livre de Job n’est pas expressément celui de la mort mais celui du mal, et la mort est un mal auquel se résignerait Job pour ne plus souffrir injustement à ce qu’il lui semble. Dieu le fait participer mystérieusement à cette Croix à venir dont il devait prendre possession Lui-même pour en faire l’étendard du Salut et Job se trouve être une figure du Christ souffrant, par lequel, dit St Paul, « le monde est crucifié pour moi et moi pour le monde ». Hélas, tous les hommes sauf les saints fuient la Croix ; il en est une cependant qu’ils ne peuvent refuser et c’est la mort. Pourtant ce que Job lui-même n’avait qu’en figure, nous l’avons en réalité ; les Juifs avec une faible lumière voyaient se dévoiler petit à petit chez les patriarches et les prophètes le sens des promesses faites à Abraham et à son descendant. Job ajoute : « Je sais que mon rédempteur est vivant, et que je ressusciterai de la terre au dernier jour : je serai de nouveau revêtu de ma peau, et je verrai mon Dieu dans ma chair ; je Le verrai moi-même et non un autre, je Le contemplerai de mes propres yeux. Telle est l’espérance que je conserve dans mon cœur».
         Nous ne faisons pas suffisamment état de la vertu d’Espérance. Elle est fille de la Foi et doit nous faire vivre au ciel dès cette terre, et vivre en vue du ciel. Tous les avantages terrestres que nous pouvons désirer légitimement doivent être subordonnés à l’Espérance du ciel. La vertu d’Espérance a Dieu pour objet ; elle a sa Source en Dieu, c’est pourquoi on l’appelle théologale ; c’est elle qui nous fait envisager la mort en vue de Dieu, par Dieu, avec Dieu.
         L’apôtre le dit : « Vous êtes ressuscités avec le Christ (par le Baptême). Cherchez les choses d’en Haut, non celles de la terre ». Nous avons pour prendre et garder cette habitude, pour la nourrir et l’élever, l’aide des sacrements, et pour ce qui est de la préparation prochaine à la mort, le sacrement des malades en danger de mort, l’Extrême-Onction. Quelle fausse idée en ont d’habitude les chrétiens ! C’est une des plus grandes traîtrises du diable d’en faire peur alors qu’il est un des instruments les plus puissants du bonheur. Car ce sacrement a pour effet de détacher l’âme du monde, et d’effacer tous les péchés : « Par cette sainte onction, que le Seigneur vous pardonne toutes les fautes que vous avez commises ».
         Les merveilles de la grâce n’existent pas seulement dans la vie de quelques grands saints. Elles sont choses courantes, mais cachées. Sachez que notre mort à tous est préparée de toute éternité, préparée amoureusement par la Très Sainte Vierge que vous invoquez attentivement, je suppose, pour « l’heure de notre mort », par Notre Seigneur qui désire notre béatitude et notre gloire, qui s’est fait l’un de nous pour mourir et nous incorporer à sa mort et à sa gloire. « Je me réjouis des paroles qui m’ont été dites : nous irons dans la maison du Seigneur ».



[1] Ps 14
[2] 1Cor XV, 4 - 8
[3] 1 Cor XV, 55
[4] Pensées - Fragment 168