mercredi 1 février 2017

Le silence


«L’homme entre dans un silence qui est Dieu»

Extrait de La Force du Silence[1] de S.EM. le Cardinal Robert Sarah

         Il est nécessaire de sortir du tumulte intérieur pour trouver Dieu. Malgré les agitations, les commerces, les plaisirs faciles, Dieu reste silencieusement présent. Il est
en nous comme une pensée, une parole et une présence dont les sources secrètes sont enfouies en Dieu même, inaccessibles aux regards humains.
         La solitude est le meilleur état pour écouter le silence de Dieu. Pour celui qui veut trouver le silence de Dieu. Pour celui qui veut trouver le silence, la solitude est la montagne qu’il faut gravir. Si un homme s’isole, en partant dans un monastère, il vient d’abord chercher le silence. Et pourtant, le but de sa recherche est en lui. La présence silencieuse de Dieu habite déjà son coeur. Le silence que nous poursuivons confusément se trouve en notre propre coeur et nous dévoile Dieu.
         Hélas, les puissances mondaines qui cherchent à façonner l’homme moderne écartent méthodiquement le silence.
         Je ne crains pas d’affirmer que les faux prêtres de la modernité, qui déclarent une forme de guerre au silence, ont perdu la bataille. Car nous pouvons rester silencieux au milieu des plus grands fatras, des agitations abjectes, au milieu des vacarmes et des hurlements de ces machines infernales qui invitent au fonctionnalisme et à l’activisme en nous arrachant de toute dimension transcendante et de toute vie intérieure.

         Dieu réalise tout, agit en toutes circonstances, et opère toutes nos transformations intérieures. Mais Il le fait lorsque nous l’attendons dans le recueillement et le silence.
         C’est dans le silence, et non dans le tumulte et le bruit, que Dieu entre dans les profondeurs les plus intimes de notre être. Dans Je veux voir Dieu, le Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus écrivait avec raison : «Cette loi divine nous surprend. Elle va tellement à l’encontre de notre expérience des lois naturelles du monde. Ici-bas, toute transformation profonde, tout changement extérieur produit une certaine agitation et se fait dans le bruit. Le fleuve ne saurait atteindre l’océan qui est son but que par le mouvement de ses flots, qui s’y portent en mugissant». Si nous observons les grandes oeuvres, les actions les plus puissantes, les transformations intérieures les plus extraordinaires et les plus éclatantes que Dieu opère en l’homme, nous sommes contraints de constater qu’Il travaille en silence. Le Baptême opère une création merveilleuse dans l’âme de l’enfant ou de l’adulte qui reçoit ce Sacrement au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Le nouveau baptisé est immergé dans le nom de la Trinité, il est inséré dans le Dieu Trinité. Une vie nouvelle lui est donnée, lui permettant de poser les actes divins des fils de Dieu. Nous avons entendu les paroles du prêtre : «Je te baptise ...», nous avons vu l’eau couler sur le front de l’enfant ; mais de cette immersion dans la vie intime de la Trinité, de la grâce et de la création qui n’exige rien de moins que l’action personnelle et toute-puissante de Dieu, nous n’avons rien perçu. Dieu a prononcé son Verbe en l’âme dans le silence. Dans la même obscurité silencieuse adviennent généralement les développements successifs de la grâce.

         L’être de Dieu est présent en nous depuis toujours dans un silence absolu. Et son propre silence permet à l’homme d’entrer en lien avec la Parole qui est au fond de son coeur. Ainsi, dans le désert, nous ne parlons pas. Nous écoutons en silence ; l’homme entre dans un silence qui est Dieu.

         Sans les amarres du silence, la vie est un mouvement déprimant, une petite barque chétive sans cesse bousculée par la violence des flots. Le silence est le mur extérieur que nous devons bâtir pour protéger un édifice extérieur.

         Dans le silence, la joie de Dieu devient notre joie. Etre silencieux devant Dieu, c’est presque être semblable à Dieu.





[1] La Force du Silence, contre la dictature du bruit aux éditions Fayard 2016