vendredi 4 août 2017

La Mère, Miroir de Dieu

La Mère, Miroir de Dieu
Extraits de l’ouvrage de S.Em. le Cardinal Joseph Mindszenty[1]

« Pourquoi Marie est-elle notre Mère ? »
         Jésus nous a apporté la Rédemption. Marie est notre médiatrice la
plus haute et la plus efficiente. S’il est vrai qu’elle est la Mère de la Vie (Christ), elle est aussi la mère de tous ceux qui ont été éveillés à la vie nouvelle par le pouvoir du Christ.
         Quels titres avons-nous pour appeler ainsi Marie notre Mère ?
1.           Le rôle de Marie dans la naissance de Jésus : de son adhésion dépendait que nous puissions devenir les enfants de Dieu.
2.           Des liens de parenté : s’il est vrai que le Christ est le frère des hommes, nous sommes par la suite des enfants de Marie.
3.           Un saint héritage : Jésus sur la Croix a remis l’humanité à sa mère en la personne de Jean.
4.           L’amour : si rien d’autre ne nous unissait à Marie il resterait du moins cet amour avec lequel elle se penche sur nous et embrasse nos peines.
         Tous ces titres prennent leur origine dans le mystère de l’Incarnation et dans la place assumée par Marie dans l’oeuvre de rédemption. De quel prix inestimable elle a dû payer notre maternité ! Quelques mots ont suffit pour cela : « Que votre volonté soit faite ! ».

« Quand Marie est-elle devenue notre Mère ? »
         Selon l’interprétation habituelle, c’est au pied de la Croix que Marie est devenue notre Mère. Elle a reçu la charge de la maternité humaine en cet instant si émouvant de l’histoire du monde, en ce moment capital du drame immense de notre rédemption, en ce Vendredi Saint tragique, à l’heure de la mort de Notre-Seigneur.
         En la place de Jésus, c’est Jean qui devient l’enfant de Marie ; au lieu du Maître, le serviteur ; au lieu du Seigneur, le disciple ; le fils de Zébédée au lieu du Fils de Dieu, l’homme misérable à la place du vrai Dieu.
         Mutation merveilleuse ! Mais plus que nous étonner, ne devrions-nous pas nous réjouir qu’une mère ait reçu un tel héritage et que nous soyons la postérité d’une telle mère ? Marie est ainsi la Mère de saint Jean l’Apôtre, la mère de l’Eglise primitive, la mère de nous tous chrétiens. Sur la Croix, un coeur s’est ouvert et deux bras étendus se tournent vers nous pour nous accueillir et nous protéger.
         Nous ne voulons pas critiquer cette interprétation ; pourtant, la maternité de Marie nous semble remonter à des temps plus lointains. Car enfin, c’est l’attitude même de Marie qui, dès l’origine, a déterminé et rendu possible la Rédemption. La réponse qu’elle a donnée à la question de l’Ange a permis à l’humanité de s’intégrer dans les desseins de Dieu. De la même manière qu’Eve a engagé avec le Démon la destinée de l’humanité, de même, Marie a engagé avec l’Ange le rachat de tous les hommes.
         Tel est le sens de l’Annonce faite à Marie. Il dépendait d’elle d’accepter ou de refuser. Ce n’est que parce qu’elle a dit « oui » que le Verbe s’est fait chair. C’est à ce moment que se rapporte cette parole du Seigneur dans l’Ancien Testament : « Viens, ma bien-aimée, tu seras couronnée ! » Cette couronne de la maternité, c’est alors que Marie l’a reçue. Combien de royaumes se sont depuis rangés sous son sceptre et sous sa loi !

« Le visage de Marie »
         Quel est le visage, quelle est l’âme de notre Mère ? Son visage maternel resplendit dans les Evangiles, chez les Pères de l’Eglise, dans les Litanies, au bord du Gave dans cette grotte de Lourdes, à Fatima …
         « Une belle jeune femme, telle que je n’en ai jamais vu d’aussi belle ». Elle apparaît dans une nuée de lumière, toute brillante dans son vêtement blanc. « Puis elle jeta un regard vers moi, me sourit et me fit signe d’approcher d’elle, comme si elle avait été ma mère ».
         Tous ceux qui ont eu la grâce de la voir ont dit sa beauté. Lorsque, s’inspirant du récit de Bernadette, un artiste tenta de sculpter les traits de la Vierge, Bernadette s’écria : « Votre statue est très belle, mais ce n’est pas Marie ». Il y a un tel abîme entre le ciel et la terre !
         Lorsque nous pensons à Marie, nous voyons deux bras miséricordieux ouverts pour nous ; ils relèvent ceux qui sont tombés, ils consolent les affligés, ils réconfortent ceux qui chancellent. Marguerite, dans Faust, lorsque tout soutien humain l’a abandonnée, s’écrie : « Marie, penche-toi secourable sur ma détresse ! ». Et Dante dans la Divine Comédie écrit : « Il est dans le ciel une noble dame, Notre-Dame, comme nous disons si bien dans notre langue. Elle est le secours de ceux qui sont tombés. La cupidité et l’envie, la haine et la corruption, la dissipation et le mépris des règles, la débauche et la démesure cèdent à son exemple. Elle rend le ciel au pécheur repenti. L’éclat des conversions fait resplendir davantage encore sa grâce bienheureuse. Elle est l’amour, l’espérance, la vertu, l’enthousiasme, la vie ».
         Les Anges, les Saints, Dieu lui-même, célèbrent Marie. L’Archange, de sa voix céleste, a entonné sa louange. Elisabeth et le peuple d’Ephèse l’ont redite et multipliée dans un choeur puissant ; les continents et les siècles la saluent : Ave Marie, Ave Maria !

« Enfants de Marie »
         Laissons-nous guider par ce saint amour qui a enflammé pour Marie le coeur des hommes. Les Saints ont été les premiers à suivre la voie qu’elle leur montrait. La petite Thérèse déposait un baiser sur le visage sans vie de sa mère. Puis, s’agenouillant devant une statue de Marie, elle faisait cette prière : « J’ai perdu ce trésor terrestre qui m’appartenait. Soyez désormais ma Mère. Conduisez-moi auprès de votre Fils, Jésus-Christ ». Saint Clément Hofbauer priait ainsi : « Tournez vers nous votre regard miséricordieux ; étendez sur nous votre douce main, répandez sur nous vos grâces ! ».
         Tilly, le grand capitaine de la guerre de Trente Ans, emportait au combat, avec son épée, une croix et un chapelet. Lorsqu’il fut nommé général en chef des troupes impériales, il partit en pèlerinage pour Alt-Ötting[2]. Il y passa quatre jours dans la retraite la plus totale auprès de « sa Mère céleste ».
         Le prince Eugène, le vainqueur des Turcs[3], ne manquait jamais, à la veille d’une bataille, de se confesser et de dire son chapelet ; ses soldats avaient coutume de dire : « Le Prince Eugène est en prières, il va y avoir bataille ».
            A Mariazell sur l’autel de la Vierge, brille une magnifique lampe d’argent, don de l’impératrice Marie-Thérèse en témoignage des joies et des souffrances de l’Empire.




[1] Primat de Hongrie, le Cardinal Mindszenty fut la grande figure de la résistance catholique hongroise face aux régimes nazi et stalinien. Il fut incarcéré une première fois en 1944 par les nazis puis une deuxième fois en 1948. Il ne sera libéré qu’en 1956 mais il sera chassé de Hongrie et trouvera refuge à Rome.
[2] Grand sanctuaire Marial Bavarois.
[3] Eugène de Savoie (1663 - 1736), célèbre général des armées impériales, vainqueur des Turcs à Petervarad (1716) et à Belgrade (1717).