vendredi 17 novembre 2017

La Fête de Tous les Saints

La Fête de Tous les Saints

Par le Bienheureux Ildefons Schuster O.S.B - extrait du Liber Sacramentorum

       L’automne avancé, la chute des feuilles jaunies, le long cycle des dimanches après la Pentecôte, accompagné de ce sentiment de mélancolique lassitude qui en pénètre la dernière période, rappellent l’âme aux pensées solennelles de l’éternité et du monde d’outre-tombe, dont les jours et les années qui passent nous rapprochent. Le voyant de Pathmos
nous fait pour ainsi dire anticiper la clôture de ce long cycle, où est symbolisée la dure vie de l’Eglise militante : aujourd’hui il soulève pour nous un coin du voile et nous montre l’Eglise triomphante dans toute la splendeur de sa gloire.

       Au début de cette période liturgique qui va de la Pentecôte à l’Avent, on annonçait que l’Esprit Paraclet glorifierait Jésus : Ille me clarificabit. Aujourd’hui on voit qu’il a tenu sa promesse, en répandant sur le corps mystique du Sauveur une si grande sainteté qui a été le germe d’une si grande gloire.

       Une fête collective de tous les martyrs, en relation avec le triomphe pascal du Rédempteur, apparaît en Syrie dès le IVème siècle. Les Byzantins la célébraient au contraire le dimanche après la Pentecôte, usage qui fût jadis introduit également à Rome, comme en fait foi le plus ancien Comes publié par D. Morin d’après le célèbre manuscrit de Würzbourg : Dominica in natale Sanctorum.

       Cette fête transplantée de Bysance sur les rives du Tibre fut toutefois de courte durée. Dans la semaine après la Pentecôte, une ancienne tradition imposait aux Romains le jeûne solennel des Trois-Temps avec la grande veillée dominicale à Saint-Pierre. Il était impossible, après la fatigue de cette nuit, de célébrer encore, dans la mâtinée, la solennité de tous les Saints. On renonça donc à l’usage byzantin ; il fallut se contenter de la fête du 13 mai en l’honneur des martyrs, jadis instituée par le Pape Boniface IV lorsqu’il consacra le Panthéon au culte chrétien.

       Cependant, la pensée d’une solennité collective de tous les saints, et non pas simplement des martyrs, gagnait de plus en plus de terrain.Tandis qu’en Orient les iconoclastes détruisaient images et reliques, et qu’en Italie, en plein Latium, les cimetières des martyrs gisaient dans l’abandon à cause des continuelles incursions des Lombards dans la campagne romaine, Grégoire III érigea à Saint-Pierre un oratoire expiatoire en l’honneur de tous les saints, martyrs ou confesseurs, morts dans le monde entier. Un choeur de moines était attaché au service liturgique de ce sanctuaire vatican ; et chaque jour on faisait même, à la messe, une commémoraison spéciale de tous les Saints dont les diverses églises de la catholicité célébraient le natale (la naissance).

       Comment Rome en vint-elle à célébrer aux calendes de novembre la fête de tous les Saints, cela n’est moins rien que clair. Ce changement se fit sous Grégoire IV (827 - 844), et l’action de Louis le Pieux et de l’épiscopat franc n’y fut pas étrangère ; mais il n’est pas absolument prouvé que l’initiative vînt du Pape plutôt que de l’empereur. Plus tard, Sixte IV ajouta une octave à la fête.

       L’introït Gaudeamus est le même qui fut primitivement assigné à la fête de sainte Agathe. Les autres jours, la liturgie célèbre la mémoire d’un ou de plusieurs saints en particulier. En ce jour, au contraire, le Seigneur « a multiplié son peuple et il a magnifié sa joie », selon la parole d’Isaïe ; aussi la glorification du Christ et de l’Eglise en ce jour est-elle complète.


       L’Esprit du Seigneur, comme cette mystérieuse onction d’huile aromatique dont parle le Psalmiste, s’est répandu sur tout le corps mystique du Christ, sanctifiant tous ses membres quelque humbles qu’ils soient, et le préparant par ce moyen à une gloire sublime. Ce sont les Apôtres, les martyrs, les membres de la hiérarchie ecclésiastique, le laïcat catholique, les laborieux ouvriers, jusqu’aux pauvres esclaves, sur qui est descendu le Paraclet qui les a élevés à une sainteté héroïque. Telle est la belle pensée exprimée en ce jour par l’antienne d’introït.